Déjà j’arrive pile à l’heure ou à peine en avance, avec le journal 时代报 Metro
Express à la main (j’ai découvert ce matin que c’était un journal gratuit). Au besoin je suis passée à la petite supérette m’acheter à boire. Quand j’arrive, la plupart de mes collègues sont là,
mais ont la décence de ne pas me faire sentir que je devrais arriver plus tôt (mais je suis à l’heure moi !). Certains sont en train de déjeuner. Ben oui, quand on prend pas un café et des
céréales au lait mais un yaourt avec une bricole salée, pas besoin de déjeuner chez soi.
C’est avec le yahourt que j’ai un problème. Disons que je n’ai pas de problème à en manger,
j’ai du mal quand d’autres en mangent ! Ou plutôt en boivent. Parce qu’ici, en Chine, le yahourt est invariablement sucré, et liquide. Donc vendu avec une paille. Yahourt + paille, vous vous
voyez le problème ? Le bruit, bien sûr. Les Chinois n’ont pas de problème avec le bruit, eux. Ca se saurait. Donc c’est à grand renfort d’aspirations sonores que je débute ma journée.
J’aurais bien besoin d’un café. Mais au bureau, bien sûr, pas de machine à café, mais du café lyophilisé dégoûtant. Bon, ça fera l’affaire.
Tandis que je me demande à combien de doses de café j’ai droit par jour, afin d’organiser un
planning-café, ma collègue de derrière reçoit un coup de fil. Ah oui, j’oubliais, je bosse dans un open space. 10 bureaux dans la même pièce (mais il y en a un inoccupé pour l’instant). Et ma
collègue de derrière, je l’adore, elle est super sympa avec moi. Le seul problème c’est qu’elle... parle Shanghaïen. Et pour moi qui ne comprend que le Mandarin, c’est difficile de supporter ses
longues discussions en Shanghaïen avec ses clients, pendant des heures, sur un niveau sonore plutôt élevé. C’est bien simple, je n’arrive pas à me concentrer !
Mais on m’a dit que bientôt je devrais changer de bureau. J’espère juste, pour le bien de
tous, que je ne vais pas me retrouver en tête-à-tête avec elle ! Parce que, comme je le disais, elle est très gentille. Elle prononce toujours mon nom chinois comme si rien que le fait de le
prononcer lui procurait un plaisir immense. Et elle m’appelle souvent. D’abord, parce qu’elle m’aime bien, elle me trouve jolie, bien habillée, bien maquillée, bien bronzée. Elle s’extasie sur
chacune des mes bizarreries (je suis gauchère, je mange pas de viande, je fais pas la cuisine...). Mais surtout, elle n’a pas d’ordinateur. Elle a dans les 40 ans, et quand je lui ai demandé
pourquoi elle n’avait pas d’ordinateur à son bureau, à l’inverse de tout le monde, elle m’a simplement répondu : Parce que je ne sais pas me servir d’un
ordinateur.
C’est simple et sans appel. Mais du coup, elle reçoit plus de coups de fils que nous qui
recevons plus d’emails. Donc je l’entends toujours derrière mon dos. Et puis quand elle quitte son poste, c’est à moi de répondre. Et de lui courir après dans tous l’étage en criant :
« 胡老师,电话 ! » / « Professeur Hu, téléphone ! ». Ah la la on s’amuse bien toutes les deux. Et puis surtout, dernières
conséquence de son absence d’ordinateur : elle aime bien me parler. Elle aime bien parler en général, surtout en fin de journée quand elle a achevé ses tâches quotidiennes. Et moi je dois
lui répondre poliment tout en tâchant de terminer mon boulot, à moi !
Dans le courant de la matinée, je check mes emails (mais vu que j’avais déjà checké la
veille au soir avant de partir y a rien de nouveau), j’organise ma journée etc... Et j’attends les étudiants. Pour vous expliquer (j’aurais peut-être dû commencer par ça), je bosse dans une boîte
qui aide les étudiants chinois à trouver une formation à l’étranger. Moi je suis en charge de la formation linguistique et culturelle pour la France et les pays anglophones. Et puis aussi du
développement des coopérations entre des écoles françaises et nous. Et puis je fais des discours de temps en temps (je fais la potiche quoi). J’aide pour des traductions etc
etc.
Dans le cadre de la formation linguistique qu’on met en place en ce moment, j’essaye
d’organiser des entretiens avec tous les étudiants qui souhaitent bénéficier de la formation pour les répartir en niveaux. J’insiste sur le terme « essayer ». Mes Chinois ils arrivent
toujours en retard. Ou parfois une demie heure en avance, ou même ils ne viennent pas du tout. Du coup j’ai déjà une semaine de retard sur les entretiens, et j’ai commencé à dispenser les cours
sans avoir vu la totalité des étudiants ! Mais il faut faire avec, ici la notion de « le client est roi » est respectée à la lettre c’est-à-dire qu’on ne fait aucun reproche aux
étudiants fainéants. Ce qui n’empêche pas de les critiquer par derrière ! Du coup je patiente en avançant sur mes traductions ou autres.
La journée se passe donc entre grincements de dents (quand j’essaye de ne pas hurler sur mes collègues qui boivent leur yahourts ou répondent simplement au téléphone), et soupirs (quand les étudiants arrivent en retard des 3/4 d’heure, comme des fleurs...). Et des fois je me dis que si je buvais pas cette fameuse tasse de café, je serais peut être dan le coltard toute la journée (et un poil moins efficace dans mon boulot !) mais je supporterais peut être mieux les agressions extérieures, qui, quand on y réfléchit (si si des fois ça m’arrive !), ne sont pas si insuportables.
Et bien aujourd’hui, j’ai essayé. Et c’est encore pire !!!!
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