Beautiful ou pas, la lady, elle a mal au pieds.
Une semaine de vacances, même pas achevée, et me voilà déjà au bout du rouleau.
Il faut dire ce qui est: à Shanghai il a fait chaud cette semaine, très chaud. Et quand on est en vacances à Shanghai, s'il fait chaud ça limite les activités. Surtout si comme moi vous ne
supportez ni le soleil, ni la chaleur, ni... la clim!
Passer ses nuits à éteindre la clim, la rallumer, l'éteindre, la rallumer. Et les jours, c'est pire. Que faire quand il fait chaud comme ça?
1ère tentative: glander. On en a vite fait le tour. Passons.
2ème tentative: glander ailleurs que dans l'appart: dans des salles climatisées, des endroits calmes. On en a vite fait le tour aussi, faut
dire, on a deux semaines d'inactivité forcée (je voulais bosser moi!) avant de rentrer en France - non, en fait plus qu'une semaine. On allait pas faire ça tout le temps. Moi j'ai
bientôt fini le dernier roman qu'on m'a apporté de France, vous voyez le problème...
3ème tentative: après moult hésitations, nous avons décidé de sortir de l'appart tout court. Aller à pied d'un endroit à un autre. Simple, efficace. Efficace pour
transpirer, oui! Nous n'avons même pas achevé de faire les 200 mètres qui séparent notre appart du parc Heping 和平公园 hépíng gōngyuán, que nous ne sommes plus qu'eau.
Ce parc on le voit de notre fenêtre, et pour tout dire, on y avait jamais mis le nez (ni le reste d'ailleurs). On aurait mieux fait de continuer sur cette lancée d'ailleurs.... Un parc EN
CONSTRUCTION, si si, ça construit d'un côté, c'est détruit de l'autre (c'est- à-dire que, à la mode chinoise, on a laissé les gravats en l'état), et il y a quatre cages avec un lion désabusé, un
tigre famélique, un ours en colère et un léopard apathique. De quoi filer le bourdon.
Mais que faire d'autre?
Il m 'a semblé avoir trouvé un compromis: le shopping. C'est pas vraiment un bon compromis pour mon portefeuille mais c'est un compromis
quand même. On sort dans la rue où il fait chaud, pour rentrer dans un magasin où il fait climatisé. Petite activité sportive qui consiste à déambuler dans les rayons en poussant des
exclamations diverses et variées, avant d'entamer la phase finale de l'essayage en cabine. L'essayage est de loin la partie la plus sportive (contorsions en tout genres pour rentrer dans
une robe improbable), mais aussi une activité intellectuelle intense: comment ça se porte, ça? Et les dérivés: Comment ça s'enfile, comment ça s'attache, comment des gens peuvent
porter ça etc....
Rajoutez quelques amies, renouvelez l'opération dans plusieurs magasins et vous avez occupé sainement votre après- midi.
D'où la lady-qui-a-mal-aux-pieds.
Et qui est vexée dans son amour propre aussi. Ma staritude n'est plus ce qu'elle était... L'été venant j'ai fait comme je fais tout les étés: j'ai dégouliné. J'ai dégouliné dans le métro, dans
les rues, dans les cabines d'essayage.
Mais je sais même pas si c'est ça qui a changé le regard des gens, le regard de mes fans... Dans le métro toujours pareil: en plus de mes formes (que j'aurais du mal à cacher de toute manière),
j'exhibe des lambeaux de peau blanche (mes mollets) ou bronzée (c'est à dire rouge-orangé dans mon dialecte corporel), des cernes de mille ans, et une chevelure improbable. Ça
continue à obséder le badaud dans le métro, dans la rue...
Mais où sont les fans? Les vrais? J'ai bien cru en voir une en sortant du métro justement. Elle m'apostrophe d'un "beautiful lady". Moi, star, je
souris, c'est mon boulot. Mais je la tiens à distance avec mon regard lunettediorisé. Ben quoi, c'est une fille, pas un garçon!
Et puis mon sourire retombe. La fille là, la prétendue fan, elle me tend un prospectus pour des faux sacs et des fausses montres. Star déchue?
J'aurais dû sortir plus souvent pour investir la place, tenir mon rang de star internationale. Mais non, je me suis renfermée dans ma coquille. Les gens m'ont oublié. Je ne suis plus qu'un
étrangère parmi tant d'autres....
Comme le prouve l'anecdote (l'humiliation?) suivante: je marchais dans la rue et je vois au loin une dame qui tient un stand de je-ne-sais-quoi. Dès
qu'elle me voit, elle s'immobilise net. Moi je me dis: c'est bon elle m'a reconnue, Gaëlle, prépare toi à signer un autographe. Je la vois se ruer sur des papiers situés sur le bord de la
table: elle cherche du papier pour l'autographe. Moi je fais comme si de rien n'était, je passe, et elle me tend le papier: elle veut que je lui signe le bout de papier. Je vais pour le prendre,
avec un naturel inné, quand elle me dit d'un ton abrupt: 减肥 jiǎnféi
En chinois ça veut dire: perdre du poids.
Il me faut un quart de seconde pour comprendre l'allusion à ma masse corporelle, et un dixième de seconde de plus pour trouver la réaction appropriée: je passe mon chemin.
Mais tout de même, quelle déception, de ne plus être la star que j'étais. Comment survivre, un an de plus, sans ce statut particulier?
Mais non, je ne renoncerais pas, surtout maintenant que j'ai investi dans une robe argentée qui brille de milles feux: je vais revenir, Shanghai, tiens toi prête!
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