Je suis donc officiellement employée depuis le 1e septembre 2007. Mais auparavant j’ai effectué un stage
dans cette même entreprise. Et puis je suis rentrée en France, j’ai voyagé un peu en Chine, bref, pendant deux trois mois j’ai pas eu beaucoup de contacts avec la boite.
Quand je suis revenue, tout le monde était parti. Ils avaient mis la clé sous la porte.
Non je plaisante, mais il y a eu pas mal de changements. Pour résumer le numéro 1 de la boîte a eu une opportunité de
travail et il est parti. Le second est parti aussi (mais je sais pas s’il est parti dans la même boîte) emmenant avec lui une partie du personnel. Genre, pour la France, 2 employés sur 3 (si on
considère que je n’étais pas encore employée à l’époque). Ca en fait des changements !
Et bien sûr, comme en Chine, on peut virer ou démissionner à tour de bras, ben les gens ils se barrent du jour au
lendemain (en effaçant les dossiers des clients au passage...). Super ambiance ! Voilà une des raisons pour lesquelles je me retrouve à faire la consultante en plus de prof , chargée de
la coopération universitaire, traductrice et potiche. Mais je me plains pas au moins j’ai du boulot (et je vais peut-être avoir une assistante – mais pas d’augmentation, sic).
Un des bons aspects de cette nouvelle situation, c’est que ma collègue, qui bossait avant sur la France et gérait la
formation du personnel, est passée vice-directrice (donc numéro 2). Comme on s’entend bien, c’est plutôt cool car elle est très prévenante avec moi (du genre me dispenser d’une visite médicale
obligatoire un samedi matin à 7h, parce que c’est fatigant et que faut pas gaspiller mon sang – j’ai fait un check-up complet y a deux mois pour le permis de résidence).
Le mauvais point c’est que comme elle est devenue vice-présidente elle a plus trop le temps de faire son ancien boulot de
consultante pour la France. Je me retrouve donc avec sa somme de travail à faire (en partie seulement), sachant qu’elle est débordée j’ai du mal à la voir pour lui poser des questions et
j’attends souvent pendant TRES longtemps les infos urgentes qu’elle seule peut me donner. Mais bon, on fait avec !
Ce qui est très intéressant d’un point de vue sociologique désormais, c’est de voir comment les groupes évoluent, avec
l’apparition de nouveaux employés. Ben oui, vu que les autres sont partis il a bien fallu les remplacer !
Pour résumer l’équipe marketing mange avec l’équipe marketing, le département Japon se réunit dans le bureau Japon pour
manger ensemble ; de même que le département espagnol. Et le reste c’est au petit bonheur la chance.
Parmi les nouveaux employés, il y a Machine (son nom chinois vous dira rien), une traductrice qui a une licence
d’anglais. Elle est pas secrétaire mais elle en a l’attirail : toujours en jupe et talons haut, maquillée, brushinguée, manicurée. Un vrai attrape-mec. Sauf qu’ici on est une majorité de
filles, donc je doute que ces appâts puissent lui permettre de monter en grade...
Il y a aussi Machin, c’est pas le copain de Machine mais c’est pareil, son nom chinois vous dira rien. Il a étudié
et travaillé en Allemagne, y en a pas beaucoup des comme lui en Chine ! Et il bosse chez nous justement pour développer des relations avec les universités allemandes. Seulement ben pour
aller en Allemagne il faut parler allemand, et des Chinois qui apprennent l’Allemand il n’y en a pas beaucoup ! Donc il glande beaucoup. Il fume des cigarettes. Il offre des cigarettes. Il
parle des cigarettes. Celles-ci ont un goût plus ceci, celle-là ont une odeur plus cela... Un vrai spécialiste ! Et moi il vient me voir pour pratiquer son anglais. Une catastrophe. J’espère
pour lui qu’il parle mieux allemand qu’anglais parce que sinon, son séjour en Allemagne n’aura pas été très profitable !
Par exemple, un jour il entre dans mon bureau et me dit :
I want a rollex.
Je dis rien car dans ce cas là je sais pas trop quoi répondre. Je marmonne un oh ! et puis je retourne à mes
activités.
Mais il continue :
I want a rollex. I am tired.
Et c’est là que j’ai compris (j’avais noté qu’il prononçait très mal l’anglais):
I want a rollex = I want to relax !!!
Ce a quoi je réponds: Me too, et la conversation est finie.
Quand je pense qu’il y en a qui veulent que je leur apprenne le français... C’est pas gagné !
Il y encore une nouvelle, le prototype de la Chinoise moderne, élevée aux hormones : grande, mince, belle,
blanche, bien habillée, elle porte des lentilles de couleur pour faire croire que ces yeux sont gris, mais au moins elle a garde sa couleur de cheveux naturelle : des cheveux noirs de jais
et raides comme des bâtons. Un seul détail m’interpelle, mais c’est peut-être parce que je lis trop : elle a un visage poupin. Du coup elle me fait penser à un personnage des romans de
Daniel Penac, l’éditrice de Mr Mallausène, la Reine Zabo. Et dans le bouquin, la Reine Zabo, elle est... boulimique ! J’irais pas jusqu’à mener une enquête mais bon...
Dans les nouveau il y a aussi le nouveau chef, The Number 1 : celui qui parle avec un accent de l’Anhui que je
comprends rien à ce qu’il dit, et qui me fait jouer la potiche dans des réunions auxquelles je n’ai rien à faire....
Un aspect non négligeable de cette nouvelle hiérarchie, c’est que le bonhomme, il a des relations 关系, normal, vous me direz, il est chef. Et il a aussi des idées. Là encore, rien de bien méchant. Sauf qu’ils se trouve que
je suis désormais la seule responsable à presque plein temps du département France (si on oublie mes incartades dans les pays anglo-saxons), et qu’il a de GRANDS projets pour notre
département.
Genre la SISU, Shanghai International Studies University, dont nous dépendons, est présente sur le grand campus de
Songjiang, dans la banlieue sud de Shanghai. Et bien sûr on a ouvert un bureau là-bas, et on a ouvert une formation en français là-bas... Donc mon chef me propose, très innocemment, de
donner des cours à Songjiang. Il me dit, parce que j’ai fait l’erreur de lui dire, qu’en plus c’est pratique parce que mon copain bosse à côté... Sauf que c’est le soir, deux fois par
semaine et pour trois heures !!! Et en plus je vous dis pas les embouteillages... Pour me convaincre, il me dit : c’est payé (mais il dit pas combien le bougre), et moi je dis : on
verra, on a qu’a faire un test. Comme il m’en a pas reparlé, je supposais que c’était réglé.
Ben non, il m’a trouvé une autre occupation (il doit penser que je bosse pas) ! Nous avons une coopération avec un
centre de formation en langue française privé. Et ils cherchent des professeurs français qui parlent chinois. Donc forcément, à qui on pense ?
Le pire, c’est que je me suis retrouvée dans cette boîte pour ce qu’on pourrait appeler un entretien d’embauche, alors
j’ai dû leur expliquer qu’il devait y avoir une erreur, car je bosse déjà à temps plein ! Mais lui il aurait sans doute voulu que je bosse aussi le week-end, vous me direz aussi, pourquoi
pas. Mais surtout... pourquoi ? J’ai pas dit non, pour pas le mettre en mauvais termes, j’ai dit je vais réflechir.
Je réfléchis toujours.
Pour ce qui est des évolutions au sein de la boite, on a aussi réorganisé les bureaux. Il y a déjà deux bureaux réservés
respectivement au département Japon et Espagne. Reste un bureau remplis par les commerciaux pour tous les pays anglophones. Et moi. Bon je bosse un peu sur les pays anglophones mais surtout pour
le département France, et y a de la place ailleurs, donc pourquoi ?
Pour faire joli. C’est moi la potiche, et le bureau, délimité par des grandes baies vitrées, est le premier que l’on voie
en entrant. Et moi je suis là, souriante et détachée, remplissant à fond mon rôle de potiche que se fait manger des yeux toutes la journée par des clients effarés. Ca fait son petit effet !
Mais déjà que je subis ça dans le métro !
Et en plus, pas de chance pour moi qui suis phobique, c est le bureau des cafards. Et oui, malgré ce que je pensais, les
cafards adorent la moquette, et nous on a une belle moquette bien usée, et ils se mulitplient, se risquent sur nos bureaux etc... Help !
Mais j’ai de la chance, ma voisine de derrière, qui non contente de me filer du travail par dessus la tête (et toujours à
la dernière minute), me sauve la vie ! Hier elle m’a sauvée quand elle a vu un méchant cafard qui tentait d’escalader une de mes piles de dossiers ! Merci Maggie (c’est son nom
anglais).
Et enfin, il y a l’open space, le coin des parias : l’Allemagne, on en a déjà parlé, la Corée, et Singapour.
Pourtant Singapour ca marche bien comme destination, mais c’est la vieille qui mange des nouilles instantanées à grand renfort de ‘slurp’ en plein après-midi et qui gueule en shanghaien au
téléphone qui s’en occupe. Donc pour la punir on l’a rangée dans un coin. Me dérange plus comme ça. Mais du coup elle me voit moins, ca doit l’embêter je crois, ou alors c’est parce qu’elle s’est
toujours pas rendu compte que je bossais pour de vrai ici, à temps plein... toujours est il qu’à chaque fois qu’elle me voit (et ca a beau avoir lieu plusieur fois par jour) elle me sort
un : oh, daishali ! (c’est à dire mon nom en chinois, NDLR).... d’un comique cette équipe, je vous jure.
Je me fends la poire tous les jours en fait, s’il vous plaît, ne changez rien, je vous aime !
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